PREMIÈRE SOLITUDE (Les Solitudes)

 

On voit dans les sombres écoles

Des petits qui pleurent toujours ;

Les autres font leurs cabrioles,

Eux, ils restent au fond des cours.

 

Leurs blouses sont très bien tirées,

Leurs pantalons en bon état,

Leurs chaussures toujours cirées ;

Ils ont l'air sage et délicat.

 

Les forts les appellent des filles,

Et les malins des innocents ;

Ils sont doux, ils donnent leurs billes,

Ils ne seront pas commerçants.

 

Les plus poltrons leur font des niches,

Et les gourmands sont leurs copains ;

Leurs camarades les croient riches

Parce qu'ils se lavent les mains.

 

Ils frissonnent sous l'oeil du maître,

Son ombre les rend malheureux ;

Ces enfants n'auraient pas dû naître,

L'enfance est trop dure pour eux !

 

Oh ! la leçon qui n'est pas sue,

Le devoir qui n'est pas fini !

Une réprimande reçue,

Le déshonneur d'être puni !

Sully Prudhomme

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