Sonnet d'or

Dans le soir triomphal la froidure agonise

Et les frissons divins du printemps ont surgi ;

L'Hiver n'est plus, vivat ! car l'Avril bostangi,

Du grand sérail de Flore a repris la maîtrise.

 

Certe, ouvre ta persienne, et que cet air qui grise,

Se mêlant aux reflets d'un ciel pur et rougi,

Rôde dans le boudoir où notre amour régit

Avec les sons mourants que ton luth improvise.

 

Allègre, Yvette, allègre, et crois-moi : j'aime mieux

Me griser du chant d'or de ces oiseaux joyeux,

Que d'entendre gémir ton grand clavier d'ivoire.

 

Allons rêver au parc verdi sous le dégel :

Et là tu me diras si leur Avril de gloire

Ne vaut pas en effet tout Mozart et Haendel

Emile NELLIGAN (1879-1941)

(Recueil : Motifs poétiques)

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